Article réalisé par les Editions
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A
la fin du XIXème siècle, à Lyon, dans le quartier de Saint-Paul, réside la famille
Rochet, qui deviendra l'un des premiers constructeurs de cycles, avant d'être
également précurseur dans construction d'automobiles. C'est en 1888 que les "Rochet"
créent la société Rochet Frères, spécialisée dans la fabrication de bicyclettes.
Quelques temps plus tard, Edouard, l'un des fils de la famille, décide de prendre
son indépendance et rentre en concurrence directe avec son père et ses frères.
Peu de temps après, Edouard Rochet et Théodore Schneider s'associent
pour créer la Société de Construction Vélocipédique du Rhône, avec l'aide de 99
autre actionnaires lyonnais : industriels, soyeux, négociants, rentiers et même
quelques religieux. Après les vélos, ils s'intéressent aux véhicules automobiles
et un premier modèle expérimental est terminé en 1894. Cette voiture ressemble
aux voitures Benz avec un moteur monocylindrique à l'arrière. En 1895, à l'instar
des véhicules Peugeot, les roues de charrette sont remplacées par les premiers
"pneus-ballon" commercialisés par Dunlop. L'usine sort 5 voitures de ce modèle
qui, en 1896, réalise une véritable performance avec la première ascension du
Galibier. Ce qui attire leur première clientèle.
La marque désormais
connue, Rochet-Schneider ouvre une concession à Paris. Rapidement, 45 voitures
sont vendues, dont 2 aux Etats-Unis où l'industrie automobile n'en est encore
qu'à ses balbutiements. Présentes lors des compétitions automobiles, les voitures
Rochet-Schneider prennent fréquemment les premières places et la presse parisienne
ne tarit pas d'éloges sur la qualité de ces voitures. Le développement s'accélère
encore et de nouveaux actionnaires entrent alors dans le capital de la société,
notamment Edouard Michelin, Auguste Lumière et Zafiropulo. Ce dernier entreprend
un périple jusqu'à Constantinople en passant par Belfort, Bâle, Munich, Vienne,
Budapest et les Balkans. Le récit épique parait dans la presse spécialisée et
constitue une belle publicité pour la marque.

En
1899, la société crée un nouveau modèle biplace, avec moteur à l'avant et une
direction par un volant. Forts de ce succès, Edouard Rochet et Théodore Schneider
décident de construire une nouvelle usine afin de répondre à une évolution rapide.
De 1900 à 1904, le chiffre d'affaires est multiplié par 6 et le bénéfice par 7.
Les automobiles Rochet-Schneider acquièrent cette réputation de robustesse et
de fiabilité qui les caractérise encore. Leur bonne tenue en compétition et le
relais dans la presse française et étrangère leurs ouvrent le marché américain,
malgré des droits de douane importants. La marque Rochet-Schneider reste toujours
modeste dans sa communication publicitaire, comptant surtout sur ses podiums et
ses exploits en tout genre pour faire parler d'elle.
C'est en 1905 qu'un
événement primordial se produit. Alors que les affaires sont prospères, la société
est dissoute et cédée à une société de droit anglaise, la Rochet & Schneider Ltd,
au capital de 300 000 livres, soit 7,5 millions de francs. Son siège social est
alors déménagé Londres, mais les usines restent à Lyon. Cette spéculation ne dégagea,
en réalité, que très peu de liquidités et les résultats furent décevants dès la
première année, nécessitant même une avance de 300 000 francs de la part du Crédit
Lyonnais. Mais la dynamique est brisée et le réseau de vente se démobilise. Si
le bureau d'études continue à développer des voitures de grande classe, confortables,
solides et esthétiques, la publicité se poursuit sans trop insister sur le caractère
britannique de la société. Des licences sont vendues aux marques "Martini" en
Suisse, "Florentia" à Florence et "La Locomotive" à Liège. Rochet-Schneider continue
en outre à exporter ses châssis aux Etats-Unis. Mais les finances ne se redressent
pas et, en décembre 1907, la dissolution de la société est prononcée.
En 1908, une nouvelle société de droit français, située de nouveau à Lyon est
créée et ne subira plus de modifications profondes jusqu'à sa prise de contrôle
par Berliet en 1960. Mais la péripétie britannique a laissé des traces. Théodore
Schneider crée à Besançon sa propre société et construit des automobiles jusqu'en
1931. Lors de la Première Guerre mondiale, Renault occupe l'usine Rochet-Schneider
pour y poursuivre ses productions de moteurs d'avions. Après l'armistice, Renault,
Peugeot et Citroën occupent solidement le marché et malgré une production de 1000
unités par an au début des années 20, la société ne parvient pas à s'imposer.
En 1945 commence une tentative de relèvement, suivie d'une longue agonie. L'usine
reprend la production de cars, de camions et de très beaux modèles de véhicule
diesel. Mais ce marché est très concurrentiel et une trésorerie exsangue ne permet
plus de lancer des fabrications sans commande ferme. La production automobile
cesse et le dernier châssis Rochet-Schneider sort de l'usine en janvier 1951.
Article réalisé par les Editions
AutreVue / photo : Musée
Malartre et Fondation
Berliet
cet artcile est issu du livre "Savoir-Faire du département
du Rhône"
avec l'aimable autorisation de Stéphane AVRAM
( 3A
) et Hervé TOURNIER des Editions
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