Ceux qui entreprennent des voyages maintenant et qui, d'un coup de voiture relient
la France à la Turquie ou qui, en quelques heures d'avion arrivent à Bangkok (…)
auraient de la peine à imaginer qu'en 1956, les premières difficultés commençaient
en Yougoslavie, que les routes d'Iran étaient parmi les plus mauvaises et les
moins sures du monde et que l'Afghanistan vierge de touristes, vivait encore au
rythme des migrations et du bon vouloir des Mullahs.
Mais quelle jouissance
de visiter le Taj-Mahal, seuls avec le gardien, ou de flâner au milieu des mendiants
de Bénarès et de Calcutta sans rencontrer ombre de visiteurs.
Comment
ne pas être triste en pensant (…) à cette chasse au tigre effectuée avec des anciens
soldats de Leclerc reconvertis dans la culture du riz dans une région où 3 ans
plus tard, le feu, les bombes et le napalm allaient anéantir jusqu'au plus humble
village. Et comment ne pas rêver en repensant à ces habitants du pays du Soleil
Levant, pauvres et besogneux, encore traumatisés par les explosions atomiques
et la défaite, recevant amicalement dans leurs

maisons
de bambou et de papier, ceux qui avaient voulu connaître d'autres hommes et d'autres
races. (…)
Ceux qui liront ces modestes carnets de route ne doivent
pas en déduire qu'il n'y a plus rien à voir, et que tout est frelaté. Non… Il
faudra simplement chercher d'avantage et sortir des grands axes noirs de la civilisation
pour rencontrer dans quelques oasis perdues des hommes pauvres vivant sur leurs
terres ancestrales et qui, avec un pâle sourire, nous offrirons le pain et le
sel… Jacques CORNET 1974
Extrait
de la préface du livre "Autour du monde"
concernant le voyage "Paris-Tokyo-Paris"
et daté de 1974